samedi 12 septembre 2026

Noirmoutier, une semaine entre terre et mer | Voyage BDV 2026
Voyage annuel BDV 2026

Noirmoutier, une semaine entre terre et mer

Six jours de découvertes, de randonnées et de rencontres au rythme de l’île.

6 au 12 septembre 2026Les Quatre VentsL’Épine

Le dimanche 6 septembre, entre 17 heures et 18 heures, les participants arrivent au village vacances Les Quatre Vents, à L’Épine, et prennent possession de leurs chambres. À 18 h 30, un apéritif de bienvenue réunit le groupe. La directrice nous présente le programme de cette semaine noirmoutrine, puis l’histoire singulière du domaine.

Né en 1946 comme centre hélio-marin créé par la Mutualité sociale agricole de l’Orne, le site accueillit pendant plus de trente ans près de 6 000 enfants venus reprendre des forces au grand air. Devenu centre de séjour en 1982, il évolua en village vacances en 1985 avec l’ouverture d’un établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT) et d’un foyer d’hébergement. Agrandi et rénové au fil des années, Les Quatre Vents peut aujourd’hui recevoir jusqu’à 250 personnes au cœur d’un parc boisé de 4,5 hectares, tout près de l’océan.

Au fil du séjour, nous mesurerons combien les travailleurs de l’ESAT participent à l’âme du lieu. Leur accueil affable, leur disponibilité, leurs sourires et leur spontanéité attachante contribueront largement à la qualité de notre semaine.

Chaque journée nous conduira vers un nouveau visage de l’île, de ses ports à ses villages, de ses marais salants à ses côtes boisées, avant une dernière échappée sur l’île d’Yeu.

Jour 1 : Noirmoutier-en-l’Île et le Bois de la Chaize

Lundi 7 septembre. Pour cette première journée, notre guide sera . Son récit généreux va nous entraîner du port au cœur historique, puis jusqu’au Bois de la Chaize et à ses plages.

Photos complémentaires : les mots surlignés et suivis du signe « + » ouvrent l’image correspondante sans interrompre la lecture.

Le port et l’étier du Moulin

La découverte commence au port de Noirmoutier-en-l’Île. Devant nous, les bateaux occupent un bassin étroit qui s’enfonce loin dans les terres. Cet , alimenté par la marée, rappelle combien l’histoire de la ville est liée à la circulation de l’eau, au sel et aux échanges maritimes.

Tout près, le château et l’église Saint-Philbert composent le cœur monumental de la cité. Le puissant , élevé à la fin du XIIe siècle, semble encore monter la garde face à l’ancien monastère.

Une île dont le nom raconte l’histoire

Noirmoutier doit son nom à son passé monastique. L’île était autrefois appelée Her ou Herio. L’expression latine in Herio Monasterio, « au monastère d’Her », aurait évolué dans la langue parlée pour donner successivement des formes proches de « Her Moutier » ou « Ner Moutier », avant de devenir Noirmoutier. Le mot moutier désignait alors un monastère.

Saint Philbert, de Jumièges à Noirmoutier

Né vers 616, , également nommé Philibert, fonda l’abbaye de Jumièges en Normandie. Son destin bascula lorsqu’il s’opposa à Ébroïn, puissant maire du palais de Neustrie, auquel il reprochait les persécutions infligées à l’évêque Léger d’Autun. Ébroïn obtint son emprisonnement, puis son bannissement de Jumièges.

Accueilli par Ansoald, évêque de Poitiers, Philbert trouva refuge sur l’île d’Her. Il y fonda vers 674 un monastère dont les moines participèrent au défrichement, à l’aménagement des terres et au développement de l’exploitation du sel. Après la mort d’Ébroïn, Philbert put retourner à Jumièges, mais choisit finalement de revenir à Noirmoutier, où il mourut vers 685.

Au IXe siècle, les incursions vikings contraignirent les moines à quitter l’île en emportant ses reliques. Après plusieurs étapes, elles trouvèrent leur destination définitive à Tournus. D’autres communautés religieuses poursuivirent plus tard l’aménagement de l’île, notamment les cisterciens de l’abbaye de la Blanche. Les techniques apportées par des familles venues des Pays-Bas contribuèrent ensuite à la conquête de nouvelles terres sur la mer.

L’église Saint-Philbert de Noirmoutier-en-l’Île.
L’église Saint-Philbert, bâtie sur les fondations de l’ancienne abbatiale.

L’église, la crypte et le tombeau vide

L’église Saint-Philbert fut construite à la fin du XIe siècle sur les fondations de l’ancienne abbatiale. Son chœur roman et sa nef gothique témoignent des transformations successives de l’édifice.

Nous descendons dans la , seul vestige conservé de l’abbatiale. Elle abrite encore le lourd du fondateur. Le silence et la fraîcheur du lieu donnent une présence particulière à cette histoire vieille de plus de treize siècles.

Les venelles fleuries du Banzeau

La promenade se poursuit dans le quartier du Banzeau, l’un des plus anciens de la ville. Ses maisons basses aux façades claires, ses murs blanchis et ses venelles fleuries composent un décor typiquement noirmoutrin.

De petits anneaux fixés au bas de certaines façades rappellent la présence des ânes, autrefois indispensables au transport des marchandises. On les appelait ici des « cagnottes ». Parmi les noms pittoresques du quartier, la ne manque pas de faire sourire.

Un peu plus loin, un immense occupe toute la hauteur d’une façade blanche. Cet hommage à une figure maritime du quartier semble veiller sur les ruelles où vécurent des générations de marins.

La chapelle des Martyrs

La petite nous ramène à l’un des épisodes les plus tragiques de l’histoire locale. En 1793 et 1794, l’île changea plusieurs fois de camp pendant les guerres de Vendée. Après sa reconquête par les troupes républicaines, de nombreux prisonniers furent exécutés.

Cette guerre civile fit des dizaines de milliers de victimes dans l’Ouest. Les combattants vendéens se distinguent historiquement des chouans, dont l’insurrection se développa plus au nord, principalement en Bretagne et dans le Maine. Le spectacle du Puy du Fou a contribué à populariser cette mémoire, mais les interprétations du conflit demeurent sensibles et parfois opposées. Devant la chapelle, mieux vaut laisser toute sa place au recueillement sans prétendre trancher une histoire aussi douloureuse.

La jetée Jacobsen entre le port et le polder de Müllembourg.
La jetée Jacobsen, entre le port et les espaces protégés du polder de Müllembourg.

La jetée Jacobsen et les terres gagnées sur la mer

Nous rejoignons ensuite la jetée Jacobsen. D’un côté s’étend le port ; de l’autre, le polder de Müllembourg et ses zones humides accueillent de nombreux oiseaux. Cette longue levée rappelle l’action des Jacobsen, famille d’origine néerlandaise qui participa à l’endiguement et à l’assèchement de terres gagnées sur la mer.

Le paysage permet de comprendre ce patient travail : ici, la frontière entre la terre et l’eau n’a rien de définitif. Elle dépend de digues, d’écluses et d’un entretien constant.

Le Bois de la Chaize, naissance d’une station balnéaire

Nous gagnons le Bois de la Chaize et pique-niquons près de la plage des Sableaux. La fraîcheur des chênes verts est particulièrement appréciable. Présents depuis des millénaires, ils donnent au bois son caractère méridional. Les mimosas y sont également nombreux : dès le mois de février, leur floraison jaune apporte à ces sous-bois un éclat tout particulier.

Au XIXe siècle, l’arrivée de visiteurs anglais et la vogue des bains de mer transformèrent le secteur. Des villas furent construites sous les arbres et la plage des Dames devint le centre d’une vie balnéaire très codifiée. Les femmes rejoignaient l’eau depuis des cabines qui protégeaient leur intimité ; le bain lui-même obéissait à un cérémonial aujourd’hui difficile à imaginer.

La plage des Dames et ses cabines blanches.
La plage des Dames, ses cabines et son décor devenu emblématique de l’île.

L’ancien Hôtel Beau Rivage, qui domine la plage, servit bien plus tard de décor au film Les Vacances du Petit Nicolas. Le succès du film offrit une nouvelle notoriété à cette élégante façade déjà associée à l’âge d’or des bains de mer.

La promenade s’achève d’abord sur . Construite pour faciliter l’accostage malgré le faible niveau de l’eau à marée basse, elle accueillit notamment une liaison maritime avec Pornic. Elle est aujourd’hui l’un des symboles les plus reconnaissables de Noirmoutier.

Des cupules aux premières villas

Au pied de l’estacade, Vincent nous montre une . L’origine et la fonction de ces cavités anciennes restent discutées. Parmi les interprétations évoquées, certaines sont rituelles ; une autre, plus pratique, imagine l’emploi de rondins gonflés par l’eau pour aider à fendre la pierre. Faute de certitude, le mystère participe au charme du lieu.

Nous poursuivons le long du littoral. Après le , nous passons devant la , autre écho de la présence du fondateur de l’abbaye dans la mémoire insulaire.

Sur la plage de l’Anse Rouge, une construction insolite attire le regard. La tour Plantier fut commandée en 1861 par le docteur Frédéric Plantier. Son frère Louis-Joseph, ingénieur des Ponts et Chaussées et constructeur du premier phare du Pilier en 1827, conçut cette maison-tour dotée d’un toit-terrasse offrant une vue panoramique sur la baie.

Une tourelle d’escalier et une véranda furent ajoutées une dizaine d’années plus tard. Avec son allure de phare habitable, cette villa audacieuse annonçait le développement balnéaire du Bois de la Chaize.

Nous gagnons enfin la plage des Souzeaux. Non loin de là se trouve la villa Ker Cilette, bâtie en 1905 pour Cécile de Janssens. Elle appartient à cette première génération de villas édifiées lorsque la bourgeoisie découvrit les plaisirs du littoral vendéen.

La tour Plantier dominant la plage de l’Anse Rouge.
La tour Plantier, étonnante maison-phare de l’Anse Rouge.

Du port aux venelles du Banzeau, de la crypte de Saint-Philbert aux villas du Bois de la Chaize, cette première journée nous aura fait parcourir plus de treize siècles d’histoire insulaire.

Jour 2 : de l’Herbaudière au Vieil

Mardi 8 septembre, matin. À l’Herbaudière, Éric sera notre guide. Grand gaillard de près de deux mètres doté d’une voix puissante, il parvient sans peine à se faire entendre malgré le vent du large qui accompagne notre marche le long de la côte.

Une côte rocheuse sous haute surveillance

La côte rocheuse au nord de l’île de Noirmoutier.
Au nord de l’île, les roches affleurantes rendent la navigation particulièrement délicate.

L’Herbaudière, qui possède une mairie annexe, appartient administrativement à la commune de Noirmoutier-en-l’Île. Pourtant, le village portuaire cultive une identité bien particulière. Sous le vent, face aux rochers et à une mer plus âpre, le paysage prend presque des allures bretonnes.

Éric attire notre attention sur les nombreux récifs à fleur d’eau. Cette partie de la côte compte parmi les secteurs les plus dangereux de l’île pour la navigation. Cartes marines, prudence et sondeur ne sont pas superflus ; chaque année, des plaisanciers insuffisamment préparés doivent encore être secourus par la SNSM, dont nous retrouverons les bateaux dans le port.

Les blockhaus de la pointe

En suivant le littoral, nous apercevons bientôt . La pointe de l’Herbaudière formait pendant l’Occupation le site allemand Clausewitz, intégré au mur de l’Atlantique. À partir de 1942, la Kriegsmarine y renforça un ensemble destiné à surveiller la mer et à défendre l’accès à la base sous-marine de Saint-Nazaire.

Un blockhaus de la pointe de l’Herbaudière.
Les vestiges du site Clausewitz, l’un des points fortifiés de l’île.

Éric évoque la lourdeur de ces travaux et le recours à une main-d’œuvre locale contrainte dans le cadre du Service du travail obligatoire. Une quarantaine d’ouvrages auraient ainsi été implantés sur l’île. Un autre permet encore d’en mesurer l’ampleur.

Le souvenir du Lancastria

Un peu plus loin, une plaque illustrée par la photographie du paquebot transatlantique Lancastria rappelle l’effroyable naufrage du 17 juin 1940. Réquisitionné pour évacuer soldats britanniques et civils depuis Saint-Nazaire, le navire fut attaqué par l’aviation allemande. Touché par plusieurs bombes, il sombra en quelques dizaines de minutes avec des milliers de personnes à son bord.

Le nombre exact des victimes demeure incertain, mais le naufrage constitue l’une des plus grandes catastrophes maritimes britanniques. De nombreux corps dérivèrent jusqu’aux côtes vendéennes ; certains reposent dans les cimetières de l’île. La , face à l’océan, donne à cette halte une gravité particulière.

Le port de pêche et la criée

Nous gagnons maintenant le port de l’Herbaudière, où pêche et plaisance se côtoient. Éric nous parle de l’importance de la pêche dans l’économie locale et des différentes techniques pratiquées par les bateaux du port. Il évoque aussi le prix particulièrement élevé d’un anneau dans le bassin de plaisance, signe supplémentaire de la forte attractivité de l’île.

Une large passerelle domine le quai de débarquement de la . Nous nous y entassons dans l’espoir d’assister à l’arrivée d’un bateau et au débarquement de sa pêche. L’attente restera vaine, mais Éric transforme cette longue pause en une présentation vivante du travail des marins et de l’organisation du port.

Le port de l’Herbaudière.
Le port de l’Herbaudière, entre activité de pêche et plaisance.

Un petit temps libre nous est ensuite accordé pour parcourir les boutiques et poursuivre la promenade sur , autour du . Ce n’est qu’après cette découverte du port que nous nous arrêtons devant . Éric en retrace brièvement l’histoire, rappelant une activité qui fit longtemps vivre une partie du village avant de disparaître. Nous retrouvons ensuite les voitures.

Le Vieil, un village entre mémoire et villégiature

Mardi 8 septembre, après-midi. Nous retrouvons Éric pour découvrir Le Vieil, ancien village de pêcheurs aux maisons modestes devenu, au fil des décennies, un lieu de villégiature particulièrement recherché.

De la venelle Brutus-Villeroi à la plage du Mardi Gras

Nous empruntons l’étroite venelle Brutus-Villeroi. Son nom rend hommage à l’ingénieur français qui expérimenta dès 1832, près de Noirmoutier et de Fromentine, un « bateau-poisson », ancêtre du sous-marin. Il poursuivit ensuite ses travaux aux États-Unis et conçut pour l’US Navy l’Alligator, premier sous-marin de la marine américaine.

La maison de Rosalie sur la plage du Mardi Gras.
Sur la plage du Mardi Gras, la maison blanche aux volets bleus associée à César et Rosalie.

La venelle débouche sur la plage du Mardi Gras. Le sable très fin rend la marche moins aisée et, presque à marée haute, le ruban praticable se resserre. Par ce temps clair, le continent nous fait face et Pornic se distingue facilement à l’horizon.

La plage appartient aussi à la mémoire du cinéma. Claude Sautet y tourna en 1972 plusieurs scènes de César et Rosalie, avec Romy Schneider, Yves Montand et Sami Frey. La célèbre maison blanche aux volets bleus, présentée dans le film comme la maison de Rosalie, s’inscrit toujours dans le paysage de cette crique paisible.

Une autre grande fut autrefois destinée à l’accueil et à la formation de jeunes prêtres.

Des maisons de pêcheurs devenues très convoitées

Ici, la mer est moins puissante que sur la côte exposée au grand large. De petites maisons de pêcheurs purent donc être bâties tout près du rivage. Beaucoup ont depuis été revendues à prix d’or et transformées en résidences soigneusement entretenues : façades d’un blanc immaculé, volets colorés, jardins impeccables et commerces essentiellement saisonniers dessinent aujourd’hui le visage du Vieil.

La proximité de l’eau impose pourtant des protections lors des grandes marées. Batardeaux, empierrements et se succèdent, parfois sans grand souci esthétique, mais avec une priorité évidente donnée à l’efficacité.

Sur la plage du Vieil, l’alignement des villas continue de nous surprendre. Éric évoque plusieurs artistes attachés à ces lieux : France Gall et Michel Berger y ont longtemps séjourné en famille ; Matthieu Chedid vient régulièrement s’y ressourcer et y fit même fabriquer l’une de ses célèbres guitares roses. Une résume à elle seule le charme très recherché du village.

La chapelle et le four commun

Par la rue Monseigneur-Sobleaux, nous rejoignons la petite . Son apparence est modeste, mais sa façade blanche et son lui donnent beaucoup de grâce. À l’intérieur, un beau vitrail retient particulièrement notre attention.

La rue du Four-Commun conserve son . Autrefois entretenu tout au long de la journée, il permettait à chacun de venir cuire son pain. Les miches pouvaient aussi servir de monnaie d’échange contre d’autres marchandises.

Pour clore la promenade, Éric souligne le revers de l’extraordinaire attractivité du Vieil. La flambée des prix éloigne la population locale, les commerces vivent de plus en plus au rythme de la seule saison touristique et des classes ferment faute d’enfants. Derrière la beauté irréprochable des façades apparaît ainsi une question plus profonde : comment préserver une vie de village lorsque tant de maisons ne sont habitées qu’une partie de l’année ?

Du vent de l’Herbaudière aux venelles du Vieil, cette deuxième journée nous aura montré deux visages du nord de l’île : un territoire maritime exposé, chargé d’histoire, puis un ancien village de pêcheurs dont le charme attire aujourd’hui bien au-delà de ses habitants.

Jour 3 : huîtres, moules et marais salants

Mercredi 9 septembre, matin. Nous poussons la porte des , où Alain Gendron nous fait découvrir l’ostréiculture. La visite laissera au groupe une impression très positive, dominée par une évidence : derrière chaque huître se cachent des années de soins et une quantité de travail considérable.

Le patient travail de l’ostréiculteur

Avec passion et simplicité, Alain retrace le long cycle de production. Tout commence par la collecte du , puis viennent l’élevage, les déplacements réguliers des poches, leur retournement et le détroquage. Ces manipulations répétées accompagnent la croissance du coquillage tout en lui donnant une forme régulière.

Une présentation des permet de mesurer le temps nécessaire avant la commercialisation. La mécanisation soulage certaines tâches : une , qui sont ensuite placées dans des . Elle ne remplace toutefois ni la surveillance constante ni les nombreuses interventions manuelles.

Alain Gendron présente son activité ostréicole.
Alain Gendron nous révèle les exigences de son métier.

La mytiliculture, un travail essentiellement maritime

Alain aborde plus brièvement la culture des moules. Les cordes immergées recueillent d’abord le naissain, qui sera ensuite transféré et élevé sur des pieux de bouchot. L’azobé, bois tropical particulièrement résistant à l’eau, a progressivement remplacé le chêne traditionnel. À la différence d’une partie du travail ostréicole effectuée à terre, l’essentiel de l’activité mytilicole se déroule en mer et reste étroitement soumis aux marées et aux conditions météorologiques.

Le , outil indispensable pour rejoindre les parcs et transporter hommes et matériel, rappelle la dimension physique de ces métiers de la mer.

Le groupe déguste les huîtres des Petits Bassets.
Une dégustation unanimement appréciée pour conclure la visite.

Après la théorie vient une dégustation accueillie avec enthousiasme. Les huîtres sont excellentes, dans un équilibre parfait, ni trop salées ni trop douces. Le petit verre de vin blanc qui les accompagne couronne cette expérience gourmande et conviviale.

À pied vers le marais de Bonne Pogne

Mercredi 9 septembre, après-midi. Nous partons directement des Quatre Vents pour rejoindre le marais salant à pied. Quatre kilomètres de chemins bucoliques nous conduisent d’abord à travers le Bois des Éloux, puis dans l’étonnant paysage marécageux de l’intérieur de l’île. Pour le retour, nous emprunterons un itinéraire plus direct d’environ trois kilomètres.
L’entrée du marais salant de Bonne Pogne.
Le marais de Bonne Pogne, terme de notre marche à travers les marais.

L’art de conduire l’eau

Dylan, le saunier, nous accueille avec une belle verve, un sens très sûr de l’image et une grande précision technique. Sous une apparente simplicité, le marais révèle une architecture savante. L’eau de mer chemine de bassin en bassin ; le soleil et le vent provoquent son évaporation tandis que le saunier règle patiemment les niveaux et organise sa concentration progressive.

Le parcours de l’eau doit rester lent et maîtrisé jusqu’aux œillets où le sel cristallise. Chaque passage, chaque faible différence de niveau et chaque réglage participent à cette transformation. Les reflets parfois roses observés dans certains bassins sont liés à , qui prospère dans les eaux très salées.

Gros sel et fleur de sel

La récolte du gros sel exige force, endurance et précision. À l’aide de l’ételle, longue planche de bois fixée au bout d’un manche, Dylan ramène les cristaux formés au fond de l’œillet vers la table où ils s’égoutteront. Sa montre combien le geste doit être ample et parfaitement contrôlé.

La fleur de sel, plus fine et fragile, se forme à la surface de l’eau lorsque les conditions sont favorables. Elle est cueillie délicatement à la lousse pour ne pas se mélanger au gros sel. La comparaison se poursuit par une , puis de la .

Dylan présente son métier de saunier.
Dylan, notre saunier, précis, imagé et intarissable sur son métier.

Tout dépend pourtant de la météo. Le soleil et le vent sont indispensables ; une pluie importante peut interrompre la récolte ou diluer en quelques heures le patient travail des jours précédents. Les canicules successives et l’absence de pluie ont exceptionnellement permis cette année une production d’environ 300 tonnes, résultat spectaculaire d’un été par ailleurs éprouvant.

La démonstration d’un donne enfin tout son sens aux explications de Dylan : le sel paraît immobile dans son bassin, mais sa récolte mobilise un savoir-faire quotidien, une attention permanente et une réelle puissance physique.

De l’huître patiemment élevée au sel guidé de bassin en bassin, cette troisième journée nous aura fait découvrir deux productions emblématiques de l’île et, surtout, les femmes et les hommes dont le travail leur donne naissance.

Jour 4 : le polder Sébastopol et le Passage du Gois

Jeudi 10 septembre, matin. Nous retrouvons Vincent pour une marche sur la longue digue du polder Sébastopol. À notre gauche, la mer ; à notre droite, des terres gagnées sur elle et dont le niveau sensiblement plus bas suffit à rappeler la fragilité.

Une terre conquise sur la mer

Le polder fut aménagé au milieu du XIXe siècle et reçut le nom de Sébastopol après la guerre de Crimée, en hommage aux victimes de la bataille. Les habitants de La Guérinière, les Guernerains, participèrent largement à l’édification de sa digue. Vincent relie leur contribution à la construction ultérieure d’une église dans leur village, qui en était jusque-là dépourvu.

À l’intérieur du , un réseau de fossés et de buses fait circuler l’eau entre les bassins et contribue à en réguler les niveaux. Ces aménagements prolongent sur l’île un savoir-faire de maîtrise hydraulique souvent associé aux ingénieurs néerlandais.

Le groupe marche sur la digue du polder Sébastopol.
Sur la digue, entre la mer et les terres basses du polder.

Nous marquons un arrêt à . La rupture provoqua l’inondation des terres. Lors de sa reconstruction, l’ouvrage adopta à cet endroit une forme incurvée, destinée à mieux répartir la pression exercée par la mer. La différence de niveau visible de part et d’autre rend très concrète la fonction protectrice de la digue.

À pied sur le Passage du Gois

Depuis la digue, une première annonce notre prochain objectif. Son nom viendrait du verbe patois goiser, marcher en mouillant ses sabots. À marée basse, la chaussée découvre une liaison éphémère entre l’île et le continent ; quelques heures plus tard, la mer en reprend entièrement possession.

Le groupe marche sur le Passage du Gois à marée basse.
Une promenade sur le Gois, possible seulement au rythme de la marée.

Une balise pour objectif

Vincent nous propose de marcher jusqu’à . Nous l’atteignons sans difficulté et Philippe entreprend aussitôt d’y monter. Quelques photographies immortalisent notre .

Tout autour de nous, les pêcheurs à pied fouillent les vases dans une position caractéristique. Vincent contemple ce qu’il appelle avec malice un . Invités à adopter nous-mêmes la posture, nous gagnons dans la bonne humeur le titre de « fleurs du champ de fesses en l’air ».

Le Gois raconté par Vincent

De retour près de la croix qui domine le passage, . Il évoque sa première cartographie, le cordonnier qui l’aurait emprunté avec son âne pour livrer ses sabots à Fromentine, puis les balisages successifs : les premiers repères emportés par une tempête, les alignements de pierres et enfin les balises refuges et balises-perroquets actuelles.

La chaussée fut pavée, puis renforcée pendant l’Occupation afin de supporter le passage du matériel militaire allemand. L’ouverture du pont en 1971 ne fit pas disparaître le Gois, d’autant que le nouvel ouvrage fut initialement payant. Classé au titre des monuments historiques, le passage demeure un patrimoine aussi vivant que fragile.

Vincent rappelle enfin qu’il ne faut jamais . À pied comme en voiture, chacun doit vérifier les horaires et rejoindre une balise en cas de danger, sans tenter de sauver son véhicule. Le Tour de France et les Foulées du Gois ont ajouté une dimension sportive à ce lieu hors du commun. Nous regagnons finalement les voitures par le chemin qui longe la digue.

La Guérinière, entre moulins et mémoire

Jeudi 10 septembre, après-midi. La randonnée reprend sur la côte de La Guérinière avant de gagner le Bois des Éloux. Nous marquons un arrêt au , point culminant de l’île. Son altitude reste modeste, mais ce relief suffit à dominer un territoire presque entièrement horizontal.

Noirmoutier, l’île aux moulins

Au détour du chemin apparaît un moulin privé de ses ailes. Noirmoutier en compta autrefois un très grand nombre, indispensables pour moudre les céréales cultivées sur l’île. Plusieurs explications sont avancées pour comprendre la disparition des ailes : certains meuniers les auraient retirées lorsqu’ils cessèrent leur activité afin d’échapper aux taxes ; pendant l’Occupation, elles auraient aussi été supprimées parce que leur orientation pouvait servir à transmettre des informations.

L’un de ces moulins appartint à Agnès Varda. La tradition locale raconte que son ami Michel Legrand y aurait trouvé l’inspiration pour l’adaptation française de The Windmills of Your Mind, devenue Les Moulins de mon cœur. Qu’elle soit parfaitement exacte ou quelque peu embellie, l’anecdote convient merveilleusement à cette .

Du B-17 Ruthie à la batterie Tirpitz

La stèle commémorant le bombardier américain B-17 Ruthie.
La stèle élevée en mémoire de l’équipage du B-17 Ruthie.

Une stèle rappelle le sort du bombardier américain B-17 Ruthie. Le 4 août 1943, l’appareil fut touché et perdit un moteur en flammes. Son pilote parvint à amerrir, mais les membres de l’équipage furent capturés puis envoyés en Allemagne.

Tout près s’étendait la , la plus importante position fortifiée de l’île. Elle réunissait une dizaine de blockhaus, un poste de commandement et quatre canons. Certains ouvrages avaient été maquillés en maisons, avec tuiles et fausses fenêtres, pour se fondre dans le paysage.

Dans l’un des blockhaus, l’obus et la culasse représentaient à eux seuls plus de trois tonnes. Lors du repli allemand, une partie des installations fut détruite afin qu’elle ne puisse être réutilisée.

Notre-Dame-de-Bon-Secours

Nous terminons la découverte de La Guérinière devant l’église Notre-Dame-de-Bon-Secours. Édifiée entre 1827 et 1838, puis agrandie et dotée d’un clocher au début du XXe siècle, elle rappelle le souhait ancien des Guernerains de disposer de leur propre lieu de culte.

Sa façade claire et son clocher se détachent avec simplicité dans le village. À l’intérieur, la lumière colorée d’un offre une dernière halte paisible après les récits de guerre et les vestiges militaires.

L’église Notre-Dame-de-Bon-Secours à La Guérinière.
Notre-Dame-de-Bon-Secours, au cœur de La Guérinière.

Du fragile équilibre du polder aux refuges du Gois, puis des moulins aux vestiges de la guerre, cette quatrième journée aura révélé une île façonnée par la mer, défendue contre elle et profondément marquée par l’histoire.

Jour 5 : une échappée sur l’île d’Yeu

Vendredi 11 septembre. Réveil dès 6 h 30 pour un départ à 7 h 30 vers la gare maritime de Fromentine. Nous embarquons à bord d’un catamaran rapide de la compagnie Yeu Continent pour une traversée d’une quarantaine de minutes vers l’île d’Yeu.

De Fromentine à Port-Joinville

Notre peut accueillir jusqu’à 430 passagers. Ses quatre moteurs de 1 900 chevaux lui permettent d’atteindre 30 nœuds, soit environ 55 km/h. Peu après l’appareillage, nous passons , avant de gagner le large.

À l’arrivée, Port-Joinville nous plonge immédiatement dans l’animation insulaire. Ferries, bateaux de pêche, plaisanciers, commerces et terrasses se partagent les quais. L’île, appelée Oya dans l’Antiquité, ne forme aujourd’hui qu’une seule commune, mais ses villages ont conservé des identités très marquées.

Le port animé de Port-Joinville.
Port-Joinville, porte d’entrée et cœur animé de l’île d’Yeu.

Sept kilomètres en passant par Saint-Sauveur

Vincent nous entraîne pour une boucle matinale d’environ sept kilomètres entre Port-Joinville et Saint-Sauveur. De petits chemins souvent ombragés relient de minuscules villages. Partout se retrouvent les maisons basses, les façades d’un blanc impeccable et les volets diversement colorés. La tradition veut que les pêcheurs aient utilisé pour leurs volets la peinture restant après l’entretien de la coque de leur bateau : une manière ingénieuse de ne rien gaspiller.

Au passage, un rappelle avec une certaine brutalité la valeur prise par le patrimoine immobilier insulaire.

L’église romane de Saint-Sauveur sur l’île d’Yeu.
L’église de Saint-Sauveur, au cœur de l’ancienne capitale de l’île.

Nous atteignons Saint-Sauveur et pénétrons avec plaisir dans la fraîcheur de sa petite église. Édifié autour de ce sanctuaire roman, le village fut autrefois le siège du gouverneur et la capitale administrative de l’île, avant d’être supplanté par Port-Joinville au XIXe siècle.

Le retour emprunte un itinéraire plus urbain. Un gros nuage noir se forme à l’horizon et une petite pluie rafraîchit la fin de la boucle. Lorsque nous rejoignons Port-Joinville, elle a déjà cessé. Nous nous installons sur les bancs du quai du Canada pour un bientôt éclairé par un soleil généreux.

Deux façons de découvrir la côte sauvage

Vendredi 11 septembre, après-midi. Le groupe se partage. Une partie prolonge la randonnée sous la conduite de Vincent ; l’autre choisit le petit train pour un circuit commenté de deux heures au plus près du littoral occidental, face au grand large.

Les marcheurs, de la citadelle au littoral

Les marcheurs gagnent la citadelle, également appelée fort de la Pierre-Levée. Construite sur les hauteurs de Port-Joinville, elle servit longtemps de caserne puis de prison. Sa garde l’austérité de cette histoire.

Le parcours rejoint ensuite le dolmen des Petits Fradets, également appelé , puis la chapelle . Une belle complète cet itinéraire plus sportif.

En petit train vers la pointe du Châtelet

Pour notre part, nous prenons place dans le . Les commentaires sont abondants, mais le paysage finit toujours par reprendre le premier rôle. Après les plages du nord, l’itinéraire atteint la côte occidentale, plus rocheuse, plus découpée et directement exposée à l’océan.

Notre premier arrêt domine la plage des Sabias. D’un côté, la ferme le paysage ; de l’autre, le Vieux Château surgit sur son éperon rocheux.

Élevée au Moyen Âge pour protéger l’île, la forteresse occupait une position stratégique sur une côte difficile d’accès. Sa silhouette isolée, battue par les vents et presque encerclée par la mer, constitue l’une des images les plus puissantes de l’île d’Yeu.

Le Vieux Château de l’île d’Yeu vu depuis la plage des Sabias.
Le Vieux Château dressé face au grand large.

Le port de la Meule

Le port de la Meule niché dans une crique de la côte sauvage.
Le port de la Meule, refuge naturel ouvert dans la côte sauvage.

Le second arrêt nous conduit au charmant port de la Meule, seul véritable refuge de cette côte exposée. Quelques bateaux et cabanes de pêcheurs occupent l’étroite crique, dominée par la chapelle qui servait d’amer aux marins. Le contraste est saisissant entre la puissance de l’océan tout proche et le calme de ce petit abri naturel.

Le train quitte ensuite le littoral et traverse l’île du sud au nord pour regagner Port-Joinville.

Derniers pas dans Port-Joinville

En attendant l’embarquement vers Fromentine, nous disposons encore d’un peu de temps pour parcourir la ville. Dans l’église Notre-Dame-du-Port, le regard monte vers un . Des maquettes de bateaux suspendues, ex-voto traditionnels, témoignent de la place de la mer dans la vie et les prières des familles islaises.

Au cimetière, la , isolée et différemment orientée, rappelle une page autrement sombre de l’histoire nationale. Condamné en 1945 à la dégradation nationale et à la détention perpétuelle, l’ancien chef du régime de Vichy fut emprisonné dans la citadelle de l’île, où il mourut en 1951. En février 1973, son cercueil fut dérobé par un commando qui voulait transférer sa dépouille à Douaumont ; retrouvé trois jours plus tard près de Paris, il fut ramené et réinhumé à Port-Joinville.

Il est bientôt temps de rejoindre le quai. La traversée vers Fromentine met un terme à cette journée très dense et à notre dernière grande découverte du séjour.

Des chemins blancs de Saint-Sauveur aux falaises du Vieux Château, du port de la Meule aux quais de Port-Joinville, l’île d’Yeu nous aura offert en quelques heures un concentré d’histoire maritime, de paysages et de mémoire.

Une semaine sous le soleil

Tout au long du séjour, nous avons bénéficié d’un temps remarquablement favorable. Le soleil a accompagné nos randonnées, nos visites et nos haltes au bord de l’eau. La seule pluie véritablement abondante de la semaine a eu l’élégance de tomber pendant que nous déjeunions aux Quatre Vents, bien à l’abri dans la salle de restaurant réservée à notre groupe.

Nous garderons aussi un excellent souvenir de l’accueil reçu au village vacances. La disponibilité, les sourires et la gentillesse des travailleurs de l’ESAT comme de toute l’équipe ont largement contribué à la réussite du séjour. Les repas, à la fois copieux et savoureux, nous ont permis de reprendre des forces après des journées particulièrement riches.

Enfin, un immense bravo à Vincent. Au-delà de la richesse de ses commentaires et de sa connaissance de l’île, sa bonhomie, son sens de l’humour et son rire inénarrable auront donné à nos découvertes une saveur toute particulière. Il restera incontestablement l’une des figures les plus attachantes de cette belle semaine noirmoutrine.

Vincent, guide chaleureux et plein d’humour de notre séjour à Noirmoutier.
Un immense bravo à Vincent, guide passionné et formidable compagnon de voyage.

Une météo idéale, un accueil chaleureux, des découvertes passionnantes et beaucoup de bonne humeur : tous les ingrédients étaient réunis pour faire de ce voyage annuel un très beau souvenir partagé.